LENZ (J. M. R.)

LENZ (J. M. R.)
LENZ (J. M. R.)

LENZ JACOB MICHAEL REINHOLD (1751-1792)

Jacob Lenz, pendant quelques années (de 1772 à 1776), fut considéré comme l’un des plus brillants représentants de la génération littéraire du Sturm und Drang. Il était très lié avec Goethe. Leur brouille et la brutale rupture qui s’ensuivit ont précipité son œuvre dans une obscurité et une méconnaissance dont elle a mis plus de cent ans à émerger. Longtemps classé comme un épigone un peu excentrique de Goethe, puis comme le précurseur de Büchner, de Grabbe, de Wedekind, voire de Brecht, il n’y a guère longtemps qu’on l’apprécie pour ses qualités propres.

Fils de pasteur, il naît à Sesswegen, petit village de Livonie, dans les provinces baltes. Il obtient une maigre bourse qui lui permet de suivre à l’université de Königsberg les cours d’Emmanuel Kant. En 1771, il se rend à Strasbourg en compagnie et au service de deux condisciples de Königsberg, les frères von Kleist. Là, il fréquente les milieux intellectuels et littéraires, entre à la Société de philosophie et de belles-lettres de l’actuaire Salzmann et se lie avec Goethe, avec lequel il échangera, pendant trois ans, une abondante correspondance. Il s’intéresse au théâtre, à la théologie et à la philosophie. En 1774, il publie des comédies adaptées de Plaute (Le Petit Père , La Dot , La Courtisane , Les Enlèvements , L’Esclave des Turcs ), une adaptation de Peines d’amour perdues de Shakespeare, ses Notes sur le théâtre , où il expose des idées sur les nouvelles formes dramatiques (mélange des genres, tragi-comédie, abandon des unités) qui constituent le fondement théorique de tout le théâtre du Sturm und Drang; et enfin ses deux premières comédies, Le Précepteur et Le Nouveau Menoza . En 1775, il écrit Les Soldats (publiés en 1776) et fait paraître un essai sur la morale et la religion: Opinions d’un profane .

Pendant deux ans, de 1774 à 1776, Lenz fait figure, aux côtés de Goethe, de chef d’école. Aussi son départ pour Weimar, en mars 1776, apparaît-il comme une consécration. Tout au long du voyage, de ville en ville, des amis l’accueillent, comme, aux portes de Francfort, Klinger et Schleiermacher, qui, pour l’occasion, se sont costumés en Werther. Dès son arrivée à Weimar, Goethe le présente à la cour. Là, pendant deux mois, Lenz vit dans une sorte d’euphorie. Mais, très rapidement, comme s’il ne pouvait supporter son succès, sa santé mentale se dégrade. Il se replie sur soi, s’enferme dans une demi-hébétude, accumule les maladresses et, le 26 novembre, pour une raison qui n’a pas été élucidée, se brouille définitivement avec Goethe.

Dès lors, il erre d’un lieu à l’autre et, en novembre 1777, il traverse sa première crise de démence. Au début de l’année 1778, le pasteur Oberlin le recueille à Waldbach (Alsace), où, tour à tour prostré ou violemment agité, il tente plusieurs fois de se suicider. Lenz survivra quatorze ans à cette crise. En 1779, il rejoint son père à Riga. En 1781, il est à Moscou, où il enseigne pendant quelques années dans un pensionnat. Dans la nuit du 3 au 4 juin 1792, il meurt misérablement dans une rue de Moscou, peut-être à la suite d’une crise d’éthylisme.

De l’œuvre dramatique de Lenz subsistent trois pièces achevées: Le Précepteur , que Brecht adapta et qu’on commence enfin à jouer dans sa forme originale; Les Soldats , la plus aboutie, la plus jouée aussi de ses comédies; et Le Nouveau Menoza , pièce imparfaite, mais qui, des trois, est la plus personnelle, la plus détachée des contingences, la plus éloignée déjà du drame réaliste tel que l’a pratiqué le Sturm und Drang.

L’écriture de Lenz étonne par son modernisme. D’une grande efficacité dramatique, rapide, allusive, abrupte, elle dévoile d’une façon prodigieusement intuitive la psychologie profonde de personnages tout en volte-face, en ruptures, en impulsivité. Personnages comme foudroyés de passions brutales, dévorantes, qui naissent en eux et disparaissent avec la même soudaineté.

La folie, qui fut si cruelle à Jacob Lenz, est partout présente dans son théâtre, mais elle est dissimulée, sous-jacente, jamais explicitée. C’est la fascination profonde du sexe, et sa terreur, l’obsession de l’inceste et de la castration (par laquelle Läuffer, le précepteur, se punit de ses désirs). C’est cette voix cachée, archaïque, qui hausse soudainement les comédies de Lenz jusqu’au tragique. Un tragique immédiatement combattu par le rire (jamais ils n’ont si intimement coexisté, jusque dans la même réplique, la même phrase) en un effort désespéré pour surmonter la terreur et l’angoisse.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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